Le Rawyl, un restaurant avec histoire

La Noble Contrée qui s’étire tout en douceur des collines de Sierre jusqu’aux contreforts de Cry d’Err. Zabona et Bellalui est un ensemble géographique d’une qualité assez unique. On dirait que les dieux de la création ont simplement relevé une superbe portion de plaine en lui donnant une pente régulière que pratiquement aucun escarpement rocheux ou dérupe rapide ne perturbe. Tout n’est donc que vignes, agréables replats comme ceux de Loc, Muraz, Veyras,  Tani, Anchettes, Venthône, Conzor, Mollens, Nayes, et Bluche, forêts de feuillus, de noisetiers,  sapins et prairies en tablards. On pourrait théoriquement y habiter partout si la végétation abondante n’avait pas un puissant droit de cité, à tel point que justement les « points de vue » vraiment dégagés ne sont pas si nombreux. Pour profiter de l’entrebâillement  anniviard et voir l’Obergabelhorn, il faut déjà monter jusqu’au « Panorama » à Conzor qui ouvre l’appétit de la vue. Si l’on veut éviter les privatives tours d’Aminona, le Mont-Paisible derrière sa couronne de sapins ou le Crans-Ambassador qui déjà se prive de la véritable vue sur la plaine, il ne reste comme lieu public que le Café-Restaurant du Rawyl qui vous ouvre ses portes, et surtout ses énormes baies vitrées. Elle vous donne ce sentiment inoubliable et délicieux de contempler des cartes postales qui ne cessent de changer selon les saisons.  Mieux encore, il y a comme un petit goût de «vu d’avion », car aucun autre endroit aussi accessible n’offre une plongée de 700  mètres sur la plaine. Sierre, ses lacs et ses usines, Le Mont de Vercorin, le pont suspendu de Nioux, le Gorvetsch, Finges jusqu’au Simplon, Bouzerout sur Grône, les 4505 m. du Weisshorn et le Mont-Rouge sur Hérémence, tout est sous la pupille. Celle-ci brille encore plus le soir, quand des milliers de lumière illuminent la féérie.  Suivez avec nous quelques bribes de l’histoire de ce lieu de bistronomie, de convivialité et de plaisir qui ne cherche qu’à vous accueillir avec le savoir-faire et l’hospitalité du Chef Bert De Rycker.

Le café-restaurant du Rawyl domine la Noble Contrée comme lieu public depuis bientôt une centaine d’années, ceci sous des formes architecturales qui ont changé avec les époques et les investissements. Il fait partie de ces balises parmi les plus anciennes de l’histoire de la région en ce sens que s’il borde la route cantonale actuelle, il était à l’époque à la sortie de  l’ancien chemin qui relie le chef-lieu Randogne à ses territoires viticoles de Loc.

 

Au cœur de la transhumance

 

Jusque dans les années 1950, les gens de Randogne descendaient en famille, avec instituteur et « tsargoche » pour porter leur matériel jusqu’à Loc pour y passer une partie du printemps et de l’automne, afin d’y effectuer les travaux des vignes. Chaque famille avait une sorte de double domicile très modeste et occasionnel. Tout au long de l’année, on périgrinait souvent entre Randogne et Loc. Dès le années 1900, la construction de l’usine de Chippis puis en 1911 celle du funiculaire conduisit de plus les Randognards à descendre jusqu’à Plan-Genoud pour y prendre le funi. Un lieu public comme agréable débit de boissons pour étancher les soifs causées par le dernier escarpement juste en-dessous du Rawyl s’imposait, d’autant plus qu’il permettait aux hommes de s’y arrêter en étant suffisamment près de la maison, tout en étant assez loin pour que leurs épouses ne les repèrent pas. Quand le soir venant ils rentraient piégés par la nuit, ils narraient à la maison que la méchante « chinigoga », une déesse malveillante, les avait retenus !

 

Des Clivaz et des Crettol

 

Le premier café fut édifié avec le bois d’un autre chalet démonté et reconstruit sur place, ce qui explique la découverte lors des travaux de reconstruction totale du restaurant en 1990 d’une poutre de 1827 actuellement dans le carnotzet du propriétaire. On peut raisonnablement fixer la date de  cette édification aux années 1930. Selon les gabarits de l’époque, le café ne dépassait pas la taille d’une cuisine et d’un salon très modeste à domicile. Dans les années 1950, Edmond Crettol, papa de l’ancien président de la bourgeoisie Fernand Crettol, augmenta la taille du bâtiment en lui adjoignant un étage et une cuisine arrière en maçonnerie. En 1958, Arthur Clivaz et Alice Crettol, fraîchement mariés, tous deux formés dans les hôtels du Haut-Plateau, le Saint-Georges et le Beau-Site,  et aguerris par une expérience à Lausanne achetèrent le bâtiment    

Une nouvelle terrasse et le stamm du tir

 

Arthur Clivaz était un grand ami du ski. A sa mort à 31 ans en 1963, le ski club lança la fameuse Coupe du Rawyl qui rassemblant les grands noms du ski du Valais, dont un certain Pirmin Zurbriggen comme jeune adolescent, jusque dans les années 2000. Cette tradition fut longtemps portée par son fils Patrice qui présida le ski club durant plus de 20 ans. Depuis plus d’un demi-siècle, le Rawyl est donc le stamm du club et on y retrouve une vieille collection de channes. La disparition dans les années 2005 du deuxième café du village, le Wildstrubel, transformé en appartement, conduisit la société de tir à cherche un autre lieu pour y abriter son stamm. La générosité de Roger Albert, Patrice Clivaz et de la banque Raiffeisen permit d’y créer une vitrine abritant désormais les trophées de la société de tir. Les décorations du Café du Rawyl font également honneur à la chasse avec des trophées de la famille Vocat, à l’agriculture avec des sonnettes de nos Hérens et au ski, avec les collections privées de Raphy et Patrice Clivaz. Sous l’ère de Thierry Bittel fut créée la terrasse qui apporta entre autres une solution à la nouvelle donne, assez difficile pour les restaurateurs, de l’interdiction de la cigarette.

 

Bert de Rycker, un professionnel confirmé relève le défi

 

Bert de Rycker est né en Belgique où il a bénéficié d’une solide formation dans l’hôtellerie et la cuisine. Sa famille venait en Suisse en vacances et il n’a pas pu résister à l’appel de nos montagnes. Depuis une dizaine d’années, il a laissé une trace culinaire de qualité dans des restaurants cotés qui ont profité de son savoir. Ainsi au Panorama à Mollens et au restaurant Cher-Mignon. Connu et actif dans divers milieux, dont celui des pompiers et du sauvetage, Bert de Rycker est fraîchement marié et papa d’un jeune garçon.

Il rêvait depuis longtemps de prendre son envol individuel dans un lieu chargé d’histoire, bien placé, disposant de places de parc et bien équipé. En reprenant la responsabilité du Rawyl, Bert veut offrir à la région une belle synthèse entre le très convivial bar du Rawyl qui permet si bien les contacts, et la salle où une carte évolutive à la portée de tout le monde permet de faire l’expérience gustative et visuelle  du « Rawyl ». 

Son rêve est d’abord que les gens de proximité à Randogne, Bluche et Mollens profitent de la chance d’avoir sous la main un lieu pour se retrouver et échanger. Et comme les plaisirs de la vue et de la bouche se partagent avec tout le monde, son souhait est que le Rawyl attire loin à la ronde.

A bientôt.